Travail des enfants - Table ronde

Travail des enfantsTravail décent pour les enfants

218 millions d’enfants entre 5 et 17 ans travaillent.

Au vu de cette estimation de l'Organisation internationale du Travail (OIT), il est primordial de se pencher sur la situation de ces enfants travailleurs.

Le 4 décembre 2008, la Plate-forme Droits de l'enfant dans la Coopération au développement a organisé une table ronde sur le thème du travail des enfants afin d’attirer l’attention sur le lien entre les droits de l’enfant et la position de ces derniers sur le marché du travail.

Pour animer ce débat, la plate-forme avait invité un jeune issu d’un pays en développement et plusieurs experts en matière de travail et droits des enfants. La question centrale était la suivante :

Les enfants ont-ils le « droit » de travailler?

Pas d'interdiction générale au travail des enfants

Jusqu'à présent, il n'y a pas d'interdiction générale du travail des enfants à l'échelle mondiale. L'Organisation internationale du Travail (OIT) détermine l'âge minimum requis pour qu'un enfant travaille. De plus, l'OIT interdit un certain nombre de "pires formes" du travail des enfants (par exemple, les travaux très dangereux). La Convention internationale des droits de l'enfant (art. 32) ne formule pas non plus d'interdiction sur le travail des enfants.

Travail des enfants versus droits de l'enfant

Il y a toutefois des raisons valables d'interdire totalement le travail des enfants. En effet, ce dernier est en contradiction avec de nombreux droits repris dans la Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE):

  • Les enfants qui travaillent ne vont pas à l'école (droit à l'enseignement)
  • Les enfants qui travaillent ont moins de temps pour jouer (droit à la détente)
  • Le corps d'un enfant n'est pas encore assez développé pour effectuer un travail physique (droit à la santé)
  • Les enfants qui travaillent sont souvent exposés à des situations peu sûres et/ou n'étant pas adaptées aux enfants (droits à la protection physique et morale)
  • Etc.

Les dispositions de l'OIT et de la CIDE n'excluent pas totalement le travail des enfants.

Tounkara Tambaké, un ancien enfant travailleur présent à la table ronde, estime que le travail des enfants ne peut pas être prohibé:

"Pour moi, travailler est un droit. En Guinée, un diplôme n'est pas une garantie d'emploi. Travailler est la meilleure manière d'apprendre une matière. Il faut seulement veiller à ce que les enfants ne soient pas exploités".

Il faut faire une distinction entre travailler pour construire un avenir et être exploité. L'exploitation est un crime et ne peut être tolérée."

"Le travail n'est pas nocif pour les enfants en soi. Quand c'est le cas, il s'agit d'exploitation. Le travail est quelque chose de positif, il donne aux enfants les possibilités de s'épanouir et de s'armer pour une vie souvent difficile dans le Sud.".

Les gens qui disent que le travail empêche les enfants d'aller à l'école abordent mal le problème. C'est justement en travaillant et en gagnant de l'argent que j'ai pu payer ma scolarité."

Travail des enfants: un droit?

Vu sous cet angle, il est impossible de simplement interdire le travail des enfants en toutes circonstances. Une interdiction générale du travail des enfants peut en effet mettre en danger la réalisation de différents droits de la CIDE:

  • Les revenus, générés par les enfants, peuvent être nécessaire à leur survie et à leur subsistance (droit à la vie et à la santé)
  • Le travail des enfants peuvent leur permettre d'assumer financièrement leur scolarité (droit à l'enseignement)
  • Interdire le travail des enfants peut entraîner une augmentation du travail illégal, de sorte qu'on ait plus aucune emprise à ce niveau (droit à la protection)
  • Les enfants peuvent également demander eux-mêmes la possibilité de travailler (droit à la participation)

Selon le professeur Kristoffel Lieten, Tambaké aborde le sujet de manière trop simple. Selon lui, le travail des enfants peut s'avérer une nécessité parfois (un droit à la survie). Ce n'est toutefois certainement pas un droit au même titre que les autres droits de l'enfant.

"Dans les pays occidentaux, il est tout à fait naturel que les enfants ne travaillent pas. Les enfants doivent aller à l'école et ne peuvent travailler que dans un cadre strictement réglementé pour gagner un peu d'argent de poche supplémentaire. Pourquoi serait-ce dès lors normal que les enfants en Afrique, en Asie ou en Amérique latine doivent travailler pour s'en sortir? De plus, dans les pays du Sud, seuls certains enfants travaillent."

Généralement, seuls les enfants des familles les plus pauvres doivent travailler. Le travail des enfants dans ces sociétés n'est pas une norme culturelle. Il s'agit le plus souvent d'une nécessité économique."

"Il y a un certain nombre de conventions internationales réglementant le travail des enfants. On parle d'âge minimum et d'identification des "pires formes" de travail des enfants", qui doivent être interdites en toutes circonstances. Selon Tambaké, le travail des enfants ne peut pas être nocif par définition, et s'il l'est, il doit être appelé exploitation. Cela porte à confusion. Il est important que nous continuions à respecter les dispositions internationales en matière des droits de l'enfant. Sinon, nous ouvrons justement la porte à l'exploitation.

Pas de solution unique

Selon une perspective "droits de l'enfant", l'interdiction du travail des enfants doit être nuancée. Le travail des enfants en soi mène à des violations des droits de l'enfant. Une prohibition (pénale) peut également mener à des entraves aux droits de l'enfant.

Nous devons donc étudier le problème du travail des enfants en fonction du contexte et/ou de la communauté afin d'adopter l'approche appropriée. La Plate-forme Droits de l'enfant dans la Coopération au développement propose donc de partir du principe suivant: toutes les formes de travail des enfants doivent être combattues (à long terme?). En effet, une interdiction générale n'est, à court terme, pas toujours dans l'intérêt des enfants.

Si les enfants se trouvent dans l'obligation de travailler, cela doit se faire dans des conditions de travail équitables. Les autres droits des enfants doivent être garantis.

Plate-forme Droits de l'enfant dans la Coopération au développement

 

La Plate-forme Droits de l’enfant dans la Coopération au développement est une collaboration entre différentes ONG belges, centres de recherches et experts indépendants. Son objectif est de mettre les droits de l’enfant à l’agenda de la coopération au développement belge.





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