Mariages précoces et forcés: une question de religion? Photo: Lieve Blancquaert
Mariages précoces et forcés: une question de religion? Photo: Lieve Blancquaert

Mariages précoces: une question de religion?

Samedi 17 octobre 2015

Nombreux sont ceux qui pensent que les mariages précoces et forcés sont avant tout une question de religion ou de culture et que, pour cette raison, le combat est perdu d’avance. Des préjugés tenaces, qui ne tiennent pas la route. 

La campagne ‘Stop aux mariages d’enfants’ fait parler d’elle sur les réseaux sociaux. Les nombreuses discussions et réactions suscitées par notre film de campagne montrent à quel point le public souhaite voir cette violation des droits de l’enfant disparaître au plus vite.  

La majorité des interventions témoignent de la solidarité envers les victimes et de la nécessité de soutenir Plan et les autres associations actives sur la question. Malheureusement, une petite partie des internautes réagissent à la campagne en stigmatisant certaines communautés. Faisons le tour de ces idées préconçues.   

Les mariages d’enfants sont-ils un phénomène religieux?

Non. Le phénomène se retrouve sur tous les continents, dans toutes les religions, mais n’est pas principalement alimenté par les croyances religieuses. Bien entendu, celui qui le souhaite lira les textes religieux de manière littérale y trouvera une justification au mariage de mineures. Et certains leaders religieux jouent parfois un rôle néfaste à ce niveau. Mais beaucoup d’autres prônent une interprétation des textes religieux respectueuse des droits de l’humain et de l’enfant.

Certains pointeront du doigt des pays musulmans comme le Niger, le Bangladesh ou le Mali, qui figurent au top 20 des pays les plus touchés, pour démontrer le lien entre les mariages d’enfants et l’Islam. C’est un raccourci regrettable. La réalité? Aucune religion n’a le monopole de cette violation des droits de l’enfant: 

  • la moitié des mineures mariées dans le monde vivent en Inde et au Népal, pays majoritairement hindous. Le Népal, qui détient un des taux des mariages d’enfants les plus élevés au monde, ne compte que 4% de musulmans.
  • des pays majoritairement chrétiens comme la Zambie ou la RD Congo figurent parmi les plus affectés sur terre. En Amérique latine, sous-continent très largement chrétien, une fille sur trois est encore mariée avant d’avoir 18 ans.
  • on retrouve des mariages précoces en Asie bouddhiste (Cambodge, Laos…) ainsi qu’au sein de la communauté juive ultra-orthodoxe en Israël.

"Il n’y a rien à faire car c’est dans la culture de ces pays"

C’est faux. Les mariages précoces et forcés sont ancrés dans de nombreuses cultures. Et ces cultures évoluent. Pour exemple, le Rwanda, a un taux de mariages d’enfants presque cinq fois moins élevé que la RDC voisine. En Inde et au Bangladesh, la jeune génération se mobilise de plus en plus contre la tradition des mariages arrangés. En Zambie, les rites initiatiques des adolescentes qui alimentaient le phénomène des mariages précoces, changent pour mettre davantage l’accent sur l’autonomie,  le respect de la femme et l’importance de l’éducation.

La pauvreté, l’insécurité alimentaire et physique ou le manque d’accès à l’école sont des facteurs souvent bien plus décisifs que la culture et la religion. Dans un même pays, on constate que les filles les plus pauvres vivant en zone rurale sont systématiquement bien plus affectées que les filles de milieux aisés vivant en ville. Pourtant, toutes partagent la même "culture".

Partout dans le monde, Plan travaille avec les chefs traditionnels et religieux pour faire évoluer les croyances et rites qui encouragent les mariages d’enfants. Toujours dans une démarche de respect et d’ouverture, car nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses. Cette approche donne des résultats durables, entre autres au Bangladesh et en Zambie: ces dernières années, les mariages d’enfants y sont en nette diminution dans les régions où Plan mène ses projets.

La campagne de Plan Belgique stigmatise-t-elle les chrétiens Blancs ? 

Pas du tout. La vidéo met en lumière un phénomène mondial et multi-religieux. Nous avons choisi des symboles auxquels le public occidental peut se raccrocher et s’identifier, pour encourager les réactions et engager la conversation. Le port de la robe blanche, tradition populaire remontant à l’Empire romain, n'a aucun fondement religieux et se retrouve aujourd’hui dans les mariages chrétiens, juifs, musulmans et civils, tout comme le smoking pour les hommes.

Une chose est certaine: peu importe leur culture, leur milieu social, leur ethnie… les mineurs d’âge doivent être protégés. 

 

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