Raoul Reyers
Raoul Reyers participe à l’action "Dessine-moi un soleil"
Raoul Reyers est producteur et chroniqueur des émissions radiophoniques "Le Jeu des Dictionnaires" et "La Semaine infernale" sur la Première (RTBF).
Que souhaiter donc à un enfant ? Qu’on lui foute la paix et qu’on le laisse grandir normalement, entouré de bonheur.
Raoul Reyers a aussi dessiné un soleil pour sortir de l’ombre les droits des enfants du Sud. Voir son dessin.
Interview "Dessine-moi un soleil"
Découvrez en images quel était le passe-temps préféré, plus jeune, de Raoul Reyers, ainsi que les réponses d’autres chroniqueurs du « Jeu des Dictionnaires », à l’interview d’Espoir, jeune Togolais de 15 ans.
Toutes les réponses de Raoul Reyers à l’interview "Dessine-moi un soleil"
Espoir : Quel est le plat que tu aimerais manger tous les jours de ta vie ?
Raoul Reyers : J’ai un peu honte parce que moi, j’ai la chance de pouvoir changer de plats tous les jours ou presque. En effet, dans les conditions où nous vivons, nous pouvons nous permettre de varier les plats. Cependant, un plat préféré, tout le monde en a un et c’est difficile à dire comme ça. Espoir, par contre, je ne suis pas sûr que tu puisses faire comme nous. Et ce serait tellement bien si, toi aussi, tu pouvais améliorer ton niveau de vie et avoir d’autres possibilités au niveau de la nourriture. Toutefois, maintenant, avec tout ce qu’il se passe, on commence tout doucement à redevenir un peu raisonnable. Et je pense que, bientôt, les niveaux de vie vont un peu tous se rapprocher.
Espoir : Si tu étais un endroit sur la terre, tu serais…
Raoul Reyers : J’ai découvert un endroit magnifique qui n’est pas loin d’ici et qui s’appelle la Gaume. Je ne suis pas tenté par les grands espaces. Cette petite Gaume me plaît donc beaucoup. Je viens de la découvrir, et pour moi, ça constitue de très belles vacances que de rester dans le pays et d’apprendre à le connaître. Plutôt que de prendre un vol low coast et d’aller là où se trouve la grande majorité des gens, je préfère partir en Gaume où je me sens très bien. Ou alors partir dans des endroits reculés tels que la Toscane. Partir également avec un cercle d’amis dans des endroits plutôt méconnus. Les endroits fréquentés par la grosse masse du public ne m’intéressent pas vraiment.
Espoir : Quelle est la chose que tu as apprise à l’école et que tu n’as jamais oubliée ?
Raoul Reyers : C’est tellement vieux et je n’étais pas très bon à l’école ! Je crois qu’on apprend beaucoup plus dans la vie active qu’à l’école. Le fait d’aller à l’école ouvre l’esprit et permet d’apprendre à vivre mais est-ce que les études qu’on donne encore maintenant aux adolescents sont bien calibrées par rapport à la vie qu’ils vont avoir ? Est-ce qu’on leur apprend à trouver du travail ? A vivre avec les autres gens ? Non, je ne crois pas. On devrait davantage travailler la qualité de la vie plutôt que de trouver des matières souvent difficiles à gérer ou à ingérer. Comme réponse à la question, je citerai cependant un professeur que j’ai eu à l’IAD et qui était un prof de cinéma qui s’appellait Henri Sonet et qui travaille à la RTBF également. Ca doit être un des seuls profs à m’avoir vraiment passionné et à m’avoir donné le goût du cinéma, du vrai cinéma, à l’histoire du cinéma. J’ai donc appris l’envie du cinéma à l’école.
Espoir : Quel était ton jeu ou ton passe-temps préféré quand tu avais mon âge ?
Raoul Reyers : A 15 ans, j’écoutais de la musique comme un malade, j’écoutais beaucoup la radio et, à l’époque, j’écoutais très tard le soir les émissions de mon ami Marc Moulin qui s’appelaient "Radio Crocodile". Je passais donc mon temps à écouter de la musique, ce qui m’a permis d’avoir une toute petite culture musicale et de pouvoir programmer des disques à la radio pendant plusieurs années. J’ai adoré ça et j’aime d’ailleurs toujours bien découvrir des artistes, travailler avec eux. La musique adoucit les mœurs. C’est un peu bateau mais c’est bien connu et c’est surtout bien vrai.
Espoir : Quel est le défaut que tu aimes le moins chez les grandes personnes ?
Raoul Reyers : Est-ce qu’il y a vraiment des défauts qu’on aime bien ? Oui, peut-être la gourmandise. Mais est-ce un défaut ?
Je n’aime pas beaucoup les défauts en général mais ce que je n’aime pas, ce sont les gens qui n’ont pas le courage de leurs opinions, qui n’osent pas avouer leur état d’esprit, qui n’osent pas échanger avec les autres, qui n’osent pas dire ce qu’ils pensent. Je crois qu’eux-mêmes sont handicapés par cette chose qui les empêche de vraiment communiquer, de dire ce qu’ils pensent. Donc, ne pas pouvoir affirmer ses opinions, je trouve que c’est un défaut et que c’est un des plus moches défauts qui existe.
Espoir : Aujourd’hui, quelle est la personne que tu admires le plus ?
Raoul Reyers : Il y a des gens que j’admire par la qualité de leur travail et la qualité de leurs relations humaines. Un des meilleurs exemples, c’est Marc Moulin qui était un grand musicien belge, un type qui a pu toucher à toutes sortes d’art. Il savait à la fois écrire, parler, composer de la musique, en jouer. C’était quelqu’un qui était extrêmement complexe et savait être très drôle. C’est presque lui qui m’a appris à essayer d’être drôle. C’était un garçon épatant.
J’aime bien beaucoup de gens. J’ai de l’admiration pour certaines personnes qui ne sont pas toujours adorées de tous. Des gens comme Serge Gainsbourg, j’adore. J’adore Michel Welbek aussi qui est extrêmement malsain mais qui écrit vraiment ce qu’il pense et a le courage de le faire.
Espoir : Quelle est la meilleure chose que tu pourrais souhaiter à un enfant ?
Raoul Reyers : C’est d’être cocooné un peu comme le sont beaucoup d’enfants. Et encore, on ne peut pas s’imaginer ce qu’il se passe dans beaucoup de famille mais le fait d’avoir une enfance suivie, d’avoir une vie la plus normale possible, sans problèmes familiaux, sans problèmes de nourriture, sans devoir travailler, voilà ce que je peux souhaite à un enfant. Lui permettre d’apprendre à vivre réellement, ce qui va lui permettre d’apprendre à se débrouiller plus tard. Mais de plus en plus, je pense que la vie est difficile, que ce soit pour les adultes ou pour les enfants.
Que souhaiter donc à un enfant ? Qu’on lui foute la paix et qu’on le laisse grandir normalement, entouré de bonheur.
Espoir : Quand tu étais petit, qu’est-ce-que tu voulais faire plus tard ?
Raoul Reyers : J’ai une chance énorme. J’ai toujours voulu faire ce que je fais maintenant. Donc, j’ai toujours voulu travailler à la radio. Tout ça parce que j’écoutais énormément la radio et que j’aimais bien la musique. Tout s’est fait très naturellement. J’ai commencé des études d’ingénieur du son. Ca n’a pas très bien été mais par après, j’ai pu aller travailler à la RTBF et y commencer un stage. Puis, j’ai rencontré des tas de gens avec qui je me suis bien entendu. J’ai fait de l’assistanat, j’ai réalisé des émissions. J’ai participé, j’ai produit. Là, maintenant, je fais le métier qui me ravit : je suis à la fois producteur d’émissions radio et je fais aussi partie de l’équipe du "Jeu des Dictionnaires" où notre grosse récompense est d’enregistrer, tous les jeudis soirs, toutes les bêtises qu’on a pu écrire pendant la semaine. J’ai plein d’amis dans ce groupe-là. C’est très gai et je souhaite ça à tout le monde. C’est terrible de partir le matin travailler et de ne pas aimer ce qu’on va faire pendant la journée…
Espoir : Quel est le don que tu voudrais avoir ?
Raoul Reyers : Il doit y en avoir beaucoup parce que je pense que je n’en ai pas vraiment. Je suis donc très envieux et j’aimerais avoir beaucoup de dons. Je voudrais pouvoir faire de la musique parce que je n’en ai jamais fait. Je crois que c’était de la paresse parce que j’avais commencé la guitare mais comme je ne travaillais pas assez, ça n’a jamais vraiment marché. J’ai alors abandonné. Faire de la musique, ça me plairait donc assez. Mais c’est peut-être un peu tard. Quoiqu’il ne faut jamais dire jamais !
Espoir : C’est quoi ton plus grand souhait ?
Raoul Reyers : Je voudrais qu’il y ait un peu plus de calme dans ce monde où on vit, où tout est prétexte à bagarre. Il ne faut pas aller très très loin : toutes ces histoires politiques, linguistiques dans notre pays sont horriblement mesquines. Moi qui habite en Flandres, je n’ai jamais le moindre souci avec personne. Je suis ami avec mes voisins flamands.
Quand je vais au magasin au coin de la rue, les caissières me connaissent, on s’amuse comme des fous et pourtant, ici, la majorité des gens est flamande.
D’où viennent ces soucis qu’on traite tous les jours à la tv, à la radio ?
D’une poignée de politiciens, qui n’ont pas l’air très doués parce que depuis le temps qu’ils essaient de faire ne fut-ce qu’un gouvernement qui marche un tout petit peu... Je crois donc qu’il ne faut pas marcher très loin. Alors, si on commence à parler de la faim dans le monde, de la sécheresse, des conflits religieux, nous n’avons pas fini. On peut en discuter pendant des heures.


