Santé: la vie d'Aïssa après une grossesse précoce

Aïssa n'a jamais perdu espoir après son mariage. Photo: Plan International Belgique/An-Sofie Kesteleyn
Mariages d'enfants, grossesses précoces et fistules: le combat des jeunes Nigériennes
Quand?  
Mercredi 02 août 2017

Aïssa est une jeune fille rayonnante. Son voile bleu fait ressortir son regard pétillant. Rien ne semble indiquer qu’elle est en train de souffrir. Mais c’est le cas. Elle est incontinente depuis qu’elle souffre d’une fistule, conséquence d’un accouchement difficile à l’âge de 16 ans. Et pourtant, Aïssa garde le sourire. D’où tire-t-elle sa force?

De Madame Traoré. Elle est comme une mère pour moi. La seule personne qui me soutient et me donne de l’espoir."

Madame Traoré est la présidente de Dimol, un centre qui prend soin des femmes souffrant de fistules avec le soutien de Plan International. Ces femmes sont devenues incontinentes après un long et douloureux accouchement et sont alors condamnées à vivre en marge de la société.

Aïssa vit dans ce centre depuis cinq ans. Au début, elle parlait à peine, comme la plupart des filles, traumatisées et repliées sur elles-mêmes. Mais avec le soutien de Madame Traoré, elles s’épanouissent à nouveau.

Mariée à 14 ans

“Quand j’avais 14 ans, j’ai appris que je devais me marier. Avec un homme plus âgé, de l’âge de mon père. Je ne voulais pas, mais j’étais obligée.” Aïssa raconte comment elle a essayé à plusieurs reprises de s’enfuir lors de sa première année de mariage, mais ses parents la ramenaient chaque fois chez son mari malgré les maltraitances qu'il lui infligeait. "C'est là que tu vis maintenant, tu y resteras même si tu dois souffrir", lui disaient-ils.

"Je ne m’asseyais jamais à côté de lui. Je préférais rester loin de lui. Il m’a tout de même forcée à avoir des relations sexuelles." Quand elle raconte son histoire, les traits d’Aïssa se durcissent et la douleur se lit sur son visage.

A 16 ans, Aïssa est tombée enceinte. L’accouchement a duré cinq jours et ce n’est que le quatrième jour qu’elle s’est rendue au centre de santé. Le médecin a alors pu faire sortir le bébé grâce à une pompe à vide, mais il était déjà mort.

Incontinente à 16 ans

“Je suis rentrée chez moi et j’ai remarqué que je perdais de l’urine. Après une semaine, je suis retournée au centre de santé, mais personne n’a pu m’aider. Mon mari m’a abandonnée car j’étais sale et sentais mauvais." L’entourage d’Aïssa a aussi commencé à l’éviter. Même ses parents lui ont dit qu’il était inutile d’espérer qu’elle guérisse.

Mais Aïssa n’a jamais abandonné. Elle a entendu parler de Dimol à la radio. Elle a vendu tout ce qu’elle avait et a réparé une voiture pour se rendre jusqu’au centre Dimol, situé à plus de 1.000 kilomètres de là.

Madame Traoré

Chez Dimol, Aïssa a rencontré Madame Traoré. A 70 ans, elle inspire encore toutes les filles du centre avec son énergie débordante. "A treize ans, j’ai vu une fille dans un centre de santé que je n’oublierai jamais. Elle était maigre, pleurait, tremblait et marchait avec difficulté, en s’aidant d’un bâton… Il y avait derrière elle une petite flaque d’eau et quand elle est partie, j’ai senti une odeur d’urine. J’ai demandé à ma sœur, qui travaillait dans le centre, de quoi souffrait cette jeune fille. Elle m’a expliqué qu’elle avait une fistule, une déchirure causée lors de l’accouchement."

Je n’arrivais pas à croire que cette fille, qui était plus jeune que moi, était déjà mariée, enceinte et avait un enfant mort-né. Cette image est à jamais gravée dans ma mémoire. C’est ce qui a guidé mon choix, quelques années plus tard, d’aider les filles et les femmes souffrant de fistules."

Aïssa a déjà subi plusieurs opérations. Elle va mieux, mais n’est pas encore entièrement guérie. On ne sait d’ailleurs pas avec certitude si son problème sera un jour résolu. Mais elle ne perd pas courage. Elle a appris à lire et coudre. Et alors qu’elle ignorait autrefois que les femmes pouvaient aussi avoir un emploi, elle est aujourd’hui déterminée à faire de la couture son métier.

Plan International Niger soutient Dimol

Le centre Dimol à Niamey prend soin des filles et des jeunes femmes souffrant de fistules et les accompagne avant et après l’opération réparatrice. Elles reçoivent au préalable un accompagnement psychosocial, de la nourriture et de l’eau, des sous-vêtements protecteurs, etc. Après l’opération, elles suivent un programme de formation. Elles apprennent à lire et à écrire, à coudre, à tresser des paniers ou confectionner des bijoux.

Quand elles finissent leur formation et sont totalement guéries, elles sont accompagnées par Dimol pour retourner dans leur village. Elles sensibilisent et informent leur entourage sur les possibilités de guérir une fistule et les accouchements sûrs. Elles encouragent aussi les habitant-e-s à respecter les femmes souffrant de fistules et à ne pas les exclure.

Stop aux mariages d’enfants

La lutte contre les mariages précoces a enregistré de belles victoires récemment. Cette année encore, le Malawi et le Honduras ont interdit les mariages d’enfants, sans exceptions. Plan International a d’ailleurs contribué à ces réussites en soutenant les jeunes activistes malawites et honduriens à faire campagne contre cette pratique.

Vous aussi, vous pouvez nous aider à lutter contre les mariages précoces en soutenant notre campagne et nos projets pour les filles.

Plus d’infos sur le projet de Plan International Belgique au Niger

 

Découvrez notre campagne ‘Unlock the Power of Girls’

Madame Traoré est la présidente de Dimol. Photo: Plan International Belgique/An-Sofie Kesteleyn